Daphné SaïCEO of my freedom

Quel statut pour vendre sur Amazon FBA : ce que j'ai choisi, et pourquoi

Daphné Saï13 min de lecture

J'ai vu des gens passer six mois à comparer des statuts sans avoir jamais commandé un échantillon. C'est l'une des façons les plus élégantes de ne pas se lancer : ça donne l'impression de travailler, et ça ne coûte rien de le repousser encore une semaine.

Alors autant aller droit au but. Il y a deux décisions à prendre, et elles sont indépendantes l'une de l'autre : sous quel statut tu vends, et ce que tu fais de la TVA. La deuxième est la plus chère, et c'est celle dont personne ne parle.

Je ne suis ni avocate ni experte-comptable. Ce que je peux te donner, c'est les règles telles qu'elles existent aujourd'hui, celles qui bougent, et surtout le chemin que j'ai réellement pris : auto-entreprise en juillet 2022, puis SASU dix mois plus tard.

Salarié en CDI : as-tu seulement le droit de te lancer ?

Réglons ça d'abord, parce que c'est ce qui bloque le plus de gens. Créer une entreprise en étant salarié est parfaitement légal en France. Aucun texte ne l'interdit, et ton salaire reste le meilleur financement que tu trouveras pour un premier stock.

La clause d'exclusivité ne tient pas la première année

C'est le point que presque personne ne connaît. Si ton contrat contient une clause d'exclusivité, l'article L1222-5 du code du travail la rend inopposable pendant un an au salarié qui crée ou reprend une entreprise, même si le contrat dit le contraire. Le délai court à partir de l'immatriculation de ton entreprise, pas de la signature de ton contrat.

Avec 24 mois d'ancienneté, tu peux même demander un congé pour création d'entreprise, et la neutralisation se prolonge jusqu'au terme de ce congé, dans la limite de deux ans.

La clause d'exclusivité n'est donc pas le mur qu'on imagine. C'est surtout un mur pour ceux qui ne l'ont jamais lue.

L'obligation de loyauté, elle, ne s'arrête jamais

Voilà la vraie limite, et elle est permanente. Tu ne concurrences pas ton employeur. Tu ne travailles pas sur ton projet pendant tes heures. Tu n'utilises pas ses moyens : ordinateur, adresse mail, fichiers, contacts.

En pratique, si ta marque n'a rien à voir avec le métier de ta boîte et que tu bosses le soir sur ton propre matériel, tu es dans les clous. Le jour où tu réponds à ton fournisseur depuis ta boîte mail pro, tu ne l'es plus.

Une précision honnête sur mon cas

Quand j'ai lancé ma marque en juillet 2022, j'étais salariée en finance à Luxembourg, donc sous contrat luxembourgeois. Les règles que je viens de citer sont françaises et ne s'appliquaient pas à moi telles quelles. Je te les donne parce qu'elles sont vérifiables, pas parce que je les ai testées. Je préfère te le dire que te laisser croire le contraire.

Ce que j'ai vécu, en revanche, vaut sous n'importe quel contrat : je n'ai prévenu personne au bureau tant que ma marque n'était pas solide. Ce n'était pas de la dissimulation, c'était du calme. Une activité fragile qu'on annonce trop tôt devient un sujet de conversation avant d'être un business.

Relis ton contrat avant de lire un forum de plus. La réponse est dedans, en une page.

Décision 1 : pourquoi j'ai commencé en auto-entreprise

J'ai démarré en entreprise individuelle au régime micro, ce qu'on appelle couramment l'auto-entreprise. Créée gratuitement, en ligne, en quelques minutes, sur le guichet unique des entreprises.

Ce n'était pas un choix par défaut. L'auto-entreprise est un statut de test, pas un statut de croisière. Et au moment où tu démarres, tu n'as rien à tester d'autre que ça : est-ce que ce produit se vend, oui ou non.

Ce que l'auto-entreprise a pour elle

  • Aucun coût d'entrée. Pas de capital à déposer, pas de statuts à rédiger, pas d'annonce légale, pas d'expert-comptable obligatoire.
  • Aucun coût de sortie. Si ton produit ne prend pas, tu fermes en quelques clics. C'est ça qui te permet d'essayer sans t'engager.
  • Pas de chiffre d'affaires, pas de cotisations. Les trois mois où tu cherches encore ton fournisseur, tu ne dois rien à personne.
  • Une comptabilité de dix minutes par mois. Un livre de recettes, pas de bilan.
  • Des plafonds larges. Pour 2026-2028, le seuil en vente de marchandises passe à 203 100 € contre 188 700 € avant, avec un abattement fiscal de 71 % en achat-revente.

Créer une société pour un produit que tu n'as pas encore vendu, c'est payer un comptable pour tenir la comptabilité du néant. Prouve d'abord que quelqu'un veut ton produit. Le reste suivra, et vite.

Ses limites, qui arrivent plus vite qu'on ne croit

En micro, tes cotisations se calculent sur ton chiffre d'affaires, pas sur ta marge : 12,3 % du CA en vente de marchandises. Sur un produit qui te laisse 30 % de marge avant cotisations, ça absorbe environ 40 % de ce qui te reste. Sur un produit à 23 %, plus de la moitié.

Et ces 12,3 % tombent aussi le mois où tu brades ton stock pour t'en débarrasser. Le calcul se moque de savoir si tu as gagné quelque chose.

Surtout : en micro, tu ne déduis rien. Ni ton stock, ni ta pub, ni ton transport, ni tes frais Amazon. L'abattement de 71 % est censé couvrir tout ça, au forfait. Tant que tes charges réelles restent en dessous, tu es gagnante. Le jour où tu réinvestis tout, tu paies de l'impôt sur de l'argent que tu n'as jamais gardé.

Une étape existe entre les deux, et on l'oublie souvent : l'entreprise individuelle au réel permet déjà de déduire, sans créer de société. À poser sur la table avec un comptable.

Ce que j'ai fait : dix mois en micro, puis une SASU

Voici mon parcours, sans arrondi. J'ai lancé en auto-entreprise en juillet 2022 et j'y suis restée dix mois. Le temps de vérifier que le produit se vendait vraiment, pas d'y croire.

Au bout de ces dix mois, je suis passée directement en société, en SASU, peu de temps avant de quitter mon poste. La raison tenait en une ligne : mes charges réelles étaient devenues bien trop lourdes pour tenir dans un abattement forfaitaire. Je payais de l'impôt sur du chiffre d'affaires que la publicité et le stock avaient déjà mangé.

Passer en société : ce que ça change, et laquelle choisir

Ce que la société te permet enfin de déduire

En société, tu es imposée sur ton bénéfice réel. Tout ce qui suit sort de ta base imposable pour son montant exact, au lieu de disparaître dans un forfait :

  • La commission de référencement Amazon, prélevée sur chaque vente, souvent autour de 15 % selon la catégorie.
  • Les frais de traitement FBA, calculés au poids et aux dimensions.
  • Les frais de stockage, y compris ceux de longue durée quand un produit dort.
  • L'abonnement vendeur professionnel, tous les mois.
  • Ton budget Amazon Ads, qui devient vite ton premier poste après le stock.
  • Ta marchandise, ton transport, tes droits de douane.
  • Tes frais de structure : comptable, banque, logiciels, échantillons.

Sur une marque qui tourne et qui réinvestit, l'écart entre « 29 % de mon chiffre d'affaires est imposable » et « mon bénéfice réel est imposable » devient la ligne la plus importante de toute ta fiscalité.

EURL ou SASU : les différences qui comptent vraiment

Quand on est seule, la SARL devient une EURL et la SAS devient une SASU. Même chose en version à un associé. Les deux protègent ton patrimoine personnel. Ce qui les sépare tient en trois points.

  • Le statut du dirigeant. En EURL tu es travailleur non salarié : cotisations plus légères à revenu égal, mais des cotisations minimales dues même si tu ne te verses rien. En SASU tu es assimilée salariée : cotisations nettement plus lourdes sur ce que tu te verses, mais rien tant que tu ne te verses rien.
  • Les dividendes. En EURL, la part qui dépasse 10 % du capital et des comptes courants est soumise aux cotisations sociales. En SASU, les dividendes y échappent et ne supportent que la fiscalité des revenus du capital.
  • La souplesse. L'EURL a un cadre légal rigide, ce qui a le mérite d'être balisé. La SASU a des statuts libres, ce qui simplifie énormément l'entrée d'un associé ou d'un investisseur plus tard.

Une marque qui grossit remet tout son cash dans le stock suivant et ne se verse rien pendant des mois. Dans cette situation, ne rien devoir tant qu'on ne se paie pas change tout. C'est ce qui m'a menée à la SASU.

Ce n'est pas une recommandation universelle. Selon ce que tu comptes te verser, l'arbitrage bascule dans l'autre sens. C'est exactement le genre de question qui se règle en une heure chez un comptable, avec tes chiffres et pas ceux d'une vidéo.

Le bon moment pour basculer

Il n'y a pas de seuil magique, mais il y a trois signaux. Tes charges réelles dépassent l'abattement de 71 %. Tu réinvestis l'essentiel de ce que tu gagnes. La TVA que tu ne récupères pas se compte en milliers d'euros.

Quand deux de ces trois signaux sont là, la société n'est plus une question de fierté. C'est de l'arithmétique.

Décision 2 : la TVA, et c'est la plus chère

Non, micro ne veut pas dire sans TVA

C'est la confusion la plus répandue du sujet, et celle qui coûte le plus cher. Le régime micro et la franchise en base de TVA sont deux choses différentes. Le premier concerne ton impôt et tes cotisations. La seconde ne concerne que la TVA.

Tu es en franchise par défaut, mais tu peux y renoncer en restant auto-entrepreneur. Tu gardes la comptabilité simplifiée et l'abattement forfaitaire, et tu récupères la TVA sur tes imports et tes frais Amazon.

Pour une première marque importée, c'est souvent la combinaison la plus rationnelle. Et personne n'en parle, parce que tout le monde croit que « micro » veut dire « sans TVA ».

En franchise, tu ne récupères rien

La contrepartie de la franchise, c'est que tu ne déduis aucune TVA sur tes achats. Or quand tu importes, la TVA à l'importation est due sur ta marchandise, majorée du transport et des droits de douane. Un assujetti la déclare et la déduit dans la même opération : elle ne lui coûte rien. Toi, en franchise, tu la paies. Point.

Même chose sur tes frais Amazon. Depuis le 1er août 2024, si ton entreprise est établie en France, Amazon te facture via son entité locale et applique la TVA française sur tes commissions et tes frais FBA. Un vendeur assujetti la récupère dans sa déclaration. En franchise, elle reste à ta charge, sur chaque vente, tant que tu vends.

Fais le calcul sur ton projet à toi avant de trancher. Sur une première commande de 1 500 € de marchandise plus le transport, on parle de plusieurs centaines d'euros qui restent dans ta poche ou pas. À rapprocher du budget de lancement complet, où chaque centaine d'euros compte.

La franchise de TVA a l'air d'un cadeau. Quand tu importes, c'est une facture.

Où en sont les seuils, et pourquoi je te demande de les revérifier

Au moment où j'écris, en septembre 2026, les seuils de la franchise en base sont de 85 000 € pour la vente de marchandises et 37 500 € pour les prestations de services, avec des seuils majorés à 93 500 € et 41 250 €.

Maintenant, la partie que les articles recopiés d'année en année oublient de préciser : ces montants sont instables.

  • Le fameux seuil unique à 25 000 €, voté en loi de finances 2025 puis suspendu, a été définitivement abandonné par la loi du 3 novembre 2025. Celui-là, tu peux l'oublier.
  • Les seuils actuels sont prolongés par une loi spéciale, faute de budget adopté dans les délais habituels.
  • Et le projet de loi de finances pour 2026 propose de ramener le seuil général à 37 500 €, ce qui diviserait par plus de deux le plafond applicable à la vente de marchandises.

Vérifie donc le seuil en vigueur le jour où tu décides, pas celui d'un article écrit l'an dernier. Et évite de construire ton modèle sur le fait de rester sous un plafond qui peut bouger à chaque loi de finances.

Le numéro EORI, à ne pas oublier

Avant ta première importation, il te faut un numéro EORI, l'identifiant douanier obligatoire pour toute entreprise qui importe. La demande est gratuite.

C'est une formalité, mais une formalité bloquante : une palette qui arrive à l'aéroport sans EORI, c'est du stock immobilisé et des frais de magasinage qui courent pendant que tu cherches quoi remplir.

Ce que le cumul change côté cotisations et droits

Tu cotises des deux côtés : ton employeur sur ton salaire, toi sur ton chiffre d'affaires. En revanche, tu n'ouvres pas deux fois les mêmes droits. Ta couverture maladie reste rattachée à ton activité principale, et tes droits au chômage viennent de ton emploi salarié, pas de ton activité indépendante.

C'est aussi pour ça que l'ordre compte. Tant que tu es salariée, ta marque peut mettre un an à trouver son rythme sans que ça touche à ton loyer. C'est tout l'intérêt de lancer sa marque sans démissionner, et de ne partir que quand les chiffres le justifient. Pour ma part, il m'a fallu douze mois avant de quitter mon poste.

L'ordre dans lequel je m'y prendrais

  • Relire ton contrat de travail. Cherche les mots exclusivité, loyauté, concurrence. Dix minutes.
  • Vérifier que ton projet ne concurrence pas ton employeur. Si c'est le cas, change de niche, pas de règle.
  • Créer ton entreprise individuelle en ligne, gratuitement, quand ton produit est choisi. Pas avant : une entreprise créée trop tôt, ce sont des déclarations à faire pour un chiffre d'affaires nul.
  • Trancher la TVA séparément du régime fiscal, avec un comptable, avant ta première commande fournisseur.
  • Demander ton numéro EORI, puis ouvrir ton compte vendeur professionnel Amazon.

Et surtout, ne fais pas de l'administratif une façon élégante de repousser le vrai travail. Le statut se change. Le temps perdu, non.

Questions fréquentes

Peut-on être auto-entrepreneur et salarié en même temps ?

Oui, le cumul est légal et très courant. Tu cotises des deux côtés, ton employeur sur ton salaire et toi sur ton chiffre d'affaires, mais tu n'ouvres pas deux fois les mêmes droits. La seule vraie limite est ton contrat de travail : l'obligation de loyauté s'applique en permanence, et une clause d'exclusivité est neutralisée pendant un an en cas de création d'entreprise.

Peut-on vendre sur Amazon FBA en tant que particulier ?

Non, pas pour lancer une marque. Amazon propose bien un compte individuel pour des ventes ponctuelles, mais acheter pour revendre de façon répétée est une activité commerciale : elle suppose une entreprise immatriculée. Et sans compte vendeur professionnel, tu n'as accès ni au registre des marques ni à la plupart des outils dont dépend un lancement.

Faut-il un SIRET pour vendre sur Amazon ?

Oui. Amazon exige une identification d'entreprise pour ouvrir un compte vendeur professionnel, et l'immatriculation est de toute façon obligatoire dès lors que tu achètes pour revendre. La bonne nouvelle, c'est que l'entreprise individuelle se crée gratuitement en ligne, en quelques minutes.

Faut-il un numéro de TVA pour vendre sur Amazon FBA ?

Amazon te demande ton numéro de TVA si tu en as un, et tu peux démarrer sans être redevable tant que tu es en franchise en base. Mais si tu importes ta marchandise, relis la partie sur la TVA : ne pas être assujettie veut dire ne rien récupérer, ni sur tes imports, ni sur tes frais Amazon. Il te faudra aussi un numéro EORI avant ta première importation.

Faut-il prévenir son employeur avant de se lancer ?

Il n'existe aucune obligation légale de le faire, sauf clause spécifique dans ton contrat. Ce qui reste obligatoire, c'est de ne pas concurrencer ton employeur et de ne rien faire sur son temps ni avec ses moyens. Personnellement, je n'ai prévenu personne tant que ma marque n'était pas solide.

Quand faut-il passer de l'auto-entreprise à la société ?

Quand deux de ces trois signaux sont réunis : tes charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire de 71 %, tu réinvestis l'essentiel de ce que tu gagnes, et la TVA que tu ne récupères pas se compte en milliers d'euros. Pour ma part, j'ai tenu dix mois en auto-entreprise avant de basculer en SASU.

EURL ou SASU pour une marque Amazon ?

Cela dépend surtout de ce que tu comptes te verser. En EURL tu paies des cotisations minimales même sans rémunération, alors qu'en SASU tu ne dois rien tant que tu ne te paies pas, ce qui convient bien à une marque qui réinvestit tout dans le stock suivant. C'est le calcul à faire avec un comptable, avec tes propres chiffres.

Qui écrit ça ?

Je m'appelle Daphné Saï. J'ai été salariée pendant six ans avant de lancer ma marque sur Amazon FBA en juillet 2022, et d'en sortir douze mois plus tard. Mes chiffres réels sont publiés sur ma page à propos.

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